

Jacques Vantelon (1931-2007), une figure de la dialyse.
Quand il avait 5 ou 6 ans, devant sa grand’mère qui venait de rendre son dernier souffle, il avait tenté sa chance en disant à haute voix : lève toi et marche ! Ensuite, au collège, son professeur de math Simon, un fanatique du point sur les i, l’avait marqué à jamais. Depuis, Jacques Vantelon s’est toujours levé et marché, mieux encore, il mettait furieusement les points sur les i.
Pour Jacques Vantelon, ancien interne des Hôpitaux de Paris et ancien chef de clinique-assistant à la Faculté de Médecine, deux stages ont eu une importance décisive dans sa vie professionnelle : l’un, chez P. Soulié, qui lui fit abandonner la cardiologie et l’autre, chez J. Hamburger à Necker, qui l’a conduit à prendre la néphrologie comme spécialité. Après un stage de trois mois chez B. Scribner à l’été 1964 à Seattle (Wa, USA), Jacques Vantelon a été chargé par J. Hamburger d’un sujet nouveau, qui n’intéressait pas les anciens du service : mettre en route la dialyse des malades chroniques, dont les reins étaient définitivement détruits. Dans ce domaine, Jacques Vantelon a été premier en tout. Il a été à l’origine de la création de nouvelles structures de soins, comme l’AURA (Association pour l’utilisation du rein artificiel) pour la dialyse à domicile, les centres de la rue Boileau à Paris pour les étudiants et de Roscoff en Bretagne pour les enfants. Il a conçu et fait réaliser par les ingénieurs de l’aéronautique (ABG) le premier générateur individuel dédié à l’hémodialyse à domicile, puis avec ceux de l’hydrodynamisme (Rhône-Poulenc), le premier rein artificiel prêt à l’emploi et à usage unique. Sous son impulsion, une nouvelle membrane de dialyse possédant des caractéristiques de perméabilité se rapprochant de celle du rein naturel voit le jour et trouve son application dans un dialyseur à hautes performances, modèle souvent imité, jamais égalé.
Après avoir, disait-il, épuisé les charmes de la médecine universitaire et prométhéenne, il s’était retiré en 1971 à Pontoise au CH René Dubos. Associé au développement d’un hôpital local en centre hospitalier, comme symbole d’une nouvelle génération médicale plus scientifique et surtout plus attachée à la médecine hospitalière, Jacques Vantelon a créé un service de médecine interne comprenant la néphrologie, l’endocrinologie et la cancérologie. Un centre de dialyse équipé d’un matériel innovant au développement duquel il a grandement participé, a été créé de novo pour prendre en charge les patients de l’Oise et du Val d’Oise. Il a poursuivi son œuvre de pionnier en développant l’hémofiltration avec un dispositif unique d’égaliseur de volume, méthode d’épuration convective qui a préparé l’arrivée de l’hémodiafiltration. Il a donné les moyens pour promouvoir la dialyse péritonéale, considérée par certains comme une technique de second rang, en une méthode de suppléance rénale de première intention avant d’orienter les patients, selon leurs besoins et leurs possibilités, vers la transplantation ou vers l’hémodialyse. Depuis, le centre de dialyse péritonéale de Pontoise est devenu une référence nationale et internationale, réputée pour son Registre de Dialyse Péritonéale de Langue Française.
Malgré son œuvre immense, Jacques Vantelon, était fort peu connu de ses collègues, même s’ils se sont régulièrement fréquentés dans les réunions nationales et internationales pour échanger leurs expériences de l’hémodialyse. Ils gardent pourtant de ce confrère le souvenir d’un homme intègre, généreux, qui a toujours su dans ses fonctions, soutenir la recherche et l’innovation. Heureusement, ses amis et ses élèves lui vouent une admiration sans bornes et une affection sans égale. Un de ses élèves rappelait cette phrase du serment d’Hippocrate « je regarderai comme mon Père celui qui m’a enseigné la médecine » et ajoutait : Jacques Vantelon est certainement celui pour qui mes sentiments s’en rapprochent le plus. Pour eux, il laisse le souvenir d’un homme qui ne leur a jamais rendu la vie facile, mais qui leur a permis de donner le meilleur d’eux-mêmes. C’était une grande intelligence qui ne se contentait jamais d’idées reçues, qui doutait toujours des choses simples. C’était un patron sans concession, un moteur d’idées, un facteur de progrès constant. Il leur avait appris que la satisfaction dans notre métier ne devait pas être recherchée dans les compliments mais simplement dans soi-même.
Qui mieux qu’un de ses fils pour nous dévoiler sa personnalité complexe.
« Tu as passé ta vie à chercher les secrets de la sagesse. Tu as lu les livres, tu as écouté les philosophes, tu as vu les hommes vivre et mourir. Tu t'étonnes autant qu'au premier jour, de voir les hommes accepter sans désespoir le miel et la ciguë qui leur est servi. La vie n'est pas seulement hérissée d'amertumes et d'absurdités, de dérision et de chienlit, elle a aussi la saveur des joies et des tendresses, de ciels admirables et de visages consolateurs. Un des subterfuges pour la victime est de fermer volontairement les yeux sur cette ambiguïté, dresser sa propre volonté à oublier le douloureux et le saugrenu, devenir sage par omission. Oublier, ne pas voir, oublier. Oublier même et surtout le malheur des autres. Tu es de ceux qui ne pouvaient trouver la joie de vivre dans l'oubli et pour lesquels la sérénité et le bonheur ne pouvaient naître sans une vue lucide de la réalité. Tu as affronté les dernières années de ta vie comme tu as vécu, les yeux grands ouverts. Lucide sur ton état de santé, c'est avec dignité et sans peur que tu as affronté les derniers instants de ta vie».
Soutenu par son épouse, Jacques Vantelon s'éteint dans la nuit, pendant son sommeil.
Nous nous associons à la douleur de ses proches et témoignons notre soutien à son épouse ainsi qu’à leurs enfants.
Johanna Zingraff, Bruno Perrone, Christian Verger, Nguyen-Khoa Man