champ recherche
livres
commission transplantation
numéro 1

La Transplantation Rénale

La fin de la première décennie du service de Néphrologie de Necker coïncide avec la première réussite en Europe d'une transplantation rénale entre deux jumeaux non identiques, quelques semaines après un succès à Boston entre les mains de J.P. Merrill. C'était au printemps en 1959.

 

A vrai dire Jean Hamburger était convaincu depuis des années que la transplantation d'un rein était un objectif accessible. Le 17 novembre 1947, il avait publié une courte "Note préliminaire sur les greffes rénales" où il résumait les travaux effectués avec un jeune chirurgien prématurément victime d'un accident de la circulation. La conclusion était qu'il fallait pouvoir protéger le rein à greffer pendant toute la période d'ischémie, reconnaître les groupes de compatibilité tissulaires autres que les A.B.O. et enfin disposer de médicaments antirejet.

 

La nuit du 25 décembre 1952 eut lieu une tentative de transplantation rénale d'une mère à son fils de 16 ans. Cet adolescent, apprenti couvreur, était tombé, le 18 décembre, du haut du toit où il travaillait. Une hématurie, jugée menaçante pour la vie, avait conduit à la néphrectomie droite, suivie d'une anurie totale. Le patient est transporté à Necker où le soupçon d'absence congénitale de rein gauche devient vérité. La mère propose son rein et insiste pour que la greffe soit tentée malgré toutes les réserves avancées et répétées. A la fin, médecins et chirurgiens décident de transplanter, pensant que l'apparentement génétique possible mais alors invérifiable, pouvait restreindre le risque de rejet aigu et irréversible.

 

Le rein transplanté dans d'excellentes conditions chirurgicales fonctionna aussitôt au mieux de ce qui était espéré. Mais le 22e jour survint un rejet anurique brutal, entraînant la mort 3 semaines plus tard. L'obstacle immunologique était présent dans toute son inexorable pureté. Le problème de la transplantation restait donc entier, d'autant mieux démontré que, à Boston, plusieurs transplantations entre frères jumeaux homozygotes furent, à cette même époque, couronnées de succès.

 

 

Pendant les années suivantes intervinrent trois faits pavant la voie de la réussite. L'un est la tolérance des greffes de peau chez des rats après irradiation totale. Le second est un accident atomique survenu en Yougoslavie, six physiciens ayant été irradiés en manipulant une pile expérimentale. Transportés à Paris en aplasie médullaire, ils subirent une greffe de moelle osseuse, efficace chez plusieurs d'entre eux. Les contrôles montrèrent alors que les jeunes cellules sanguines étaient celles des donneurs dont les blastes n'avaient pas été rejetés. Le troisième élément provenait du laboratoire de Jean Dausset qui obtiendra le Prix Nobel pour ces travaux. Il avait déterminé quatre groupes portés par les leucocytes, les plus importants parmi la centaine qui seront identifiés dans les années ultérieures.

 

En 1959, Georges S., 37 ans, est hospitalisé à Necker au terme d'une glomérulo-néphrite l'ayant conduit à l'urémie chronique. Un frère jumeau se propose de lui donner son rein. Ce ne serait pas un jumeau homozygote car leurs naissances ont été séparées de plusieurs heures. Les généticiens confirment hétérozygotie. Mais leurs groupes leucocytaires "Dausset" sont identiques. Tenant compte de la volonté affichée du donneur, de l'absence de toute contre-indication de son côté, des données immunologiques et du succès non encore publié du cas récent évoqué plus haut, l'intervention est décidée, précédée d'une irradiation totale à des fins immunosuppressives, tout comme l'avait subie le patient de Merrill à Boston.

 

En cours d'intervention, le rein transplanté se mit à fonctionner. Il sécréta vingt sept ans aussi bien que le rein restant du frère. Jusqu'à la mort de Georges, d'une affection extra-rénale, ils avaient tous les deux oublié qu'ils avaient un rein unique.

 

Depuis il y a eu les transplantations de reins de cadavres régulièrement améliorées par des médicaments immunosuppresseurs de plus en plus puissants et maniables. De par le monde, les transplantés rénaux sont au nombre de plus de 60 000, près de 60 % greffés depuis plus de dix ans.

 

Le Premier Congrès International de Néphrologie que Jean Hamburger organisa avec René Mach à Genève et Evian consacra la place acquise par le Centre de Necker. En effet, pratiquement tous les Néphrologues de réputation mondiale, cliniciens, morphologistes, physiologistes et biologistes répondirent à l'appel des organisateurs. Les travaux de Necker furent ainsi présentés au milieu d'autres grandes innovations de la Néphrologie, les succès et les échecs des premiers groupes transplanteurs, l'annonce de la dialyse itérative pour le traitement de l'urémie chronique et de ses incroyables résultats, la description des cellules mésangiales du rein en microscopie électronique et la présentation de leurs altérations pathologiques, la description et l'épidémiologie de la néphropathie endémique des Balkans, la logique des acidoses rénales, etc.

 

La décennie 1951-60 du Service de Jean Hamburger, à l'Hôpital Necker, a plus que sa part dans ce passage de la Néphrologie des ténèbres à la transplantation. Faut-il rappeler pour terminer que les deux décennies suivantes furent aussi heureuses que la première.

Elles furent marquées par une extension du champ des recherches, vers la biologie immunologique avant tout, et l'organisation à la fois médicale et sociale du traitement de l'urémie chronique.

Chacun le sait, oui, mais combien ignorent qu'il est rare de voir durer un foyer fécond

comme celui de Necker.

 

 

 

 
OK
effacer
plus
OK
effacer
plus
OK
effacer
plus